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LE TEMPS D'UNE QUARANTAINE

Mis à jour : mars 19




Je suis embarquée dans ma voiture, il était 10h34 le matin. J’ai défait ma couette et j’ai baissé ma fenêtre pour pouvoir mettre ma face dehors un peu, comme faisait mon Labernois quand j’avais 6 ans pis qu’il pensait que le vent allait goûter le bacon. Pis j’ai respiré l’air. L’air du Québec, l’air du Canada, l’air de la planète Terre. Notre air à nous autres. Notre air qui mange un sacré coup depuis un bout à cause de la pollution, mais qui est toujours là. Notre air qui n’est pas atteint du COVID-19.


Je ne suis pas allée bien loin, j’ai juste fait un petit tour de ma ville. Ça m’a pris 28 minutes. Un 28 minutes de tranquillité qu’avant, je n’aurais jamais pris le temps de prendre. Avant quoi? Avant l’année 2020. Avant les mauvaises nouvelles. Avant le Coronavirus. Avant que des mesures, abruptes, mais nécessaires, ne soient prises pour nous garder en sécurité.


Avant la quarantaine.


Je ne résumerai pas la situation actuelle. D’après moi, tu viens de finir de lire un article de journal à ce sujet-là. Moi, je vais te parler de l’air. De l’air et du temps, qui sont si importants pour notre santé.


Premièrement, prends le temps qu’il te faut pour être en paix avec la situation. Certaines personnes auront plus de misère que d’autres à accepter ce qui se passe sans scotchtaper les moulures de leur porte par ignorance. D’autres prennent la situation à la légère depuis le début. Mais les gagnants dans l’histoire sont ceux qui comprennent l’étendue des choses, ne paniquent pas et qui tentent, en attendant que la tempête passe, d’envisager le positif. Parce que du positif, il y en a partout, tout le temps. Moi, depuis qu’on est tombé en slow motion, j’ai réalisé que la quarantaine avait discrédité toutes les excuses que je me donnais pour ne pas faire certains trucs, en plus de me donner une excellente excuse pour ne plus avoir à remplir mes obligations quotidiennes.


Deuxièmement, mon prochain conseil serait de faire comme moi. Cloé n’a pas le Coronavirus. Cloé respecte les recommandations concernant la quarantaine. Cloé apprécie les avantages de cette situation. Soit comme Cloé.


C’est la première fois dans la vie qu’on a le temps de ne rien faire. Te rends-tu compte de cette chance-là? Je ne dédramatise pas l’étendue de la situation et la sévérité des cas répertoriés ni de l’état de l’économie. Mais je choisis de considérer en priorité ce qui me concerne moi directement : le temps.


C’est le temps de remédier à la poussière sur le mur de ta salle de bain que tu vois TRÈS bien entre 14h et 16h, à cause de l’angle parfait des rayons de soleil, mais que tu ignores les 22 autres heures de la journée sous prétexte que t’as pas le temps de laver les murs de ta maison. L'elliptique et la corde à sauter que ta tante Josée t'as forcé à entasser dans ton sous-sol? Donnes-leur l'amour qu'ils méritent. L’expression « faire le ménage du printemps » que tu utilises de façon inadéquate chaque fois que tu fais le ménage de ton tiroir à bobettes : c’est ta chance de lui redonner tout son sens.


Ce que je veux dire, c’est qu’on traverse la vie en rédigeant une to-do list mentale de toutes les petites tâches ou les petits plaisirs de la vie qu’on n’aura, en réalité, jamais vraiment le temps de faire, car les responsabilités quotidiennes prennent toujours trop de place et nous soutire toujours trop d’énergie. Des dizaines de solutions pour notre bien-être qu’on entasse dans un tiroir de notre tête en se convainquant qu’elles sont secondaires alors que beaucoup d’entre elles sont plus nécessaires qu’on ose le croire. Sylverlining : dans la situation actuelle, c’est le moment parfait pour mettre ta to-do list sur papier et commencer à faire des p’tits crochets à côté.


Sur ta liste, tu dois mettre :


Les trucs pratiques. Les petites rénovations que tu n’as jamais eu le temps de finir, le ménage des armoires que tu tentes d’ouvrir le moins souvent possible parce que vivre dans le déni, maudit qu'c’est confortable. Trouver des astuces de rangements pour ton garde-manger dans l’optique de te pousser à améliorer tes habitudes alimentaires; parce que je te dis qu’aligner tes boites de biscuits Oréo avec tes boites de Kraft Dinner, ça fesse la conscience un p’tit peu plus fort. Prends le temps, pendant la quarantaine, de transformer ton environnement de vie pour qu’il corresponde à tes besoins. Après ton corps, ta maison est l’endroit que tu devrais le plus aimer et où tu devrais le mieux te sentir. Fait s'en une priorité. 


Les trucs plaisants. C’est le moment parfait pour écouter en rafale les films et les séries télé que tu ajoutes depuis 3 ans à ta liste Netflix, de catch-up sur les blogues que tu adores. En somme, c’est le temps pour les trucs simples qui te font du bien. Ça aussi, ça représente une partie importante de notre bien-être. En vieillissant, on ne se le cachera pas, on a tous une forte tendance à prioriser les activités qui nous rapporte de l’argent. Dans un contexte où les moyens de faire et de dépenser de l’argent sont très restreints, c’est le moment parfait d’utiliser notre temps libre pour prendre soin bénévolement de notre cœur et de notre tête.


Les trucs bien-être. Tu vas me dire « Voyons Cloé, les gyms sont fermés! ». Wow minute, mon ami. Tu sais l’expression « avoir de la chance dans sa malchance »? La malchance ici, c’est le Coronavirus. La chance, c’est d’être en 2020, d’avoir accès à des réseaux sociaux performants et à des milliers de vidéos d’entrainement et de capsules santé. Être enfermé chez soi n’est pas une raison de se noyer dans le Nesquick et de se faire ami avec ses bourrelets. Avoir plus de temps t’offres l’opportunité de pouvoir suivre des cours de yoga dans le confort de ton salon ou d’enfin arrêter de jalouser Julie, ta voisine fitness, en commençant toi aussi à courir dehors. Les compagnies et les centres sportifs sortent une tonne de trucs pour rester en forme à la maison, profites s’en! La santé, ça se propage encore mieux qu’un virus, je te le dis. Pis ça fait vraiment plus de bien.

Puis, pour tous ceux qui n’ont pas nécessairement plus de temps libre parce que les compagnies pour lesquelles vous travaillez ont compris l’efficacité du télétravail, mon conseil serait de commencer par apprécier le confort et le changement. Personnalise et rends ton nouvel environnement de travail aussi agréable que tu en as envie. Le changement c’est rafraîchissant, comme le vent dans la face d’un Labernois. Et puis, sache que travailler de la maison te fait gagner du temps plus que tu le penses : pas besoin de prévoir le transport ni de se mettre sur son 31 ou de socialiser inutilement avec les gens que tu croises dans les couloirs du bureau. Apprécie ces minutes supplémentaires. Tu peux même les prendre pour cocher quelques éléments, toi aussi, sur ta to-do list mentale. Le truc, c’est de toujours voir la chance dans sa malchance.


En somme, ce que je j’essaie de te dire, c’est de profiter de cette quarantaine pour prendre le temps de respirer un peu plus et un peu mieux. Principalement parce qu’en ces temps stressants, respirer nous semble, de prime abord, toujours plus difficile. Puis aussi parce que dans la vie en générale, on oublie que respirer est l’activité musculaire qu’on répète le plus souvent dans une journée, mais qu’on ne prend que trop rarement le temps de bien le faire. Aujourd’hui, l’Univers nous offre le temps nécessaire pour faire le contraire.


Après tout, ton temps, c’est l’tiens. Prends-le.